La protection des abeilles est devenue un point important du débat sur l’usage des pesticides. Pour mieux comprendre les conditions d’exposition et aider à faire évoluer les pratiques, des chercheurs de l’Itsap, de l’UMT PrADE, du CARI, de l’Université Paris-Saclay et d’Inrae d’Avignon ont étudié les facteurs qui influencent la présence des abeilles dans les cultures en fleurs.

Leurs travaux, publiés en février 2023 dans la revue Frontiers in Ecology and Evolution, portent notamment sur les conditions météorologiques et environnementales qui déterminent l’activité de butinage. Ils proposent des repères pour adapter les interventions, tout en rappelant qu’aucune mesure isolée ne répond à l’ensemble des risques.

Analyser les conditions météorologiques

L’ensoleillement, la période de l’année et la température ambiante influencent la présence des abeilles sur les cultures. Les observations étudiées montrent une baisse du nombre d’abeilles mellifères lorsque les températures sont élevées. Cette diminution ne signifie toutefois pas nécessairement que la recherche de nourriture cesse : d’autres facteurs peuvent modifier l’activité observée.

Cette complexité invite à ne pas réduire l’évaluation du risque à un seul indicateur. Le type de culture, son stade de floraison, la météo et la diversité des insectes présents doivent être considérés ensemble avant toute intervention.

La pulvérisation nocturne : une solution de repli

Lorsque l’emploi d’un pesticide ne peut pas être évité, les chercheurs présentent la pulvérisation nocturne comme une manière de réduire l’exposition des abeilles mellifères, généralement moins actives durant cette période. Cette option reste cependant partielle et ne constitue pas une réponse générale à la présence de produits dans l’environnement.

Les pollinisateurs actifs la nuit et les espèces qui nichent dans le sol peuvent rester exposés. Le travail nocturne peut également entraîner des contraintes de sécurité, du bruit et des tensions avec le voisinage. Le choix d’un horaire doit donc s’inscrire dans une démarche plus large de réduction des usages et de protection des personnes comme du vivant.

Prendre en compte la diversité des abeilles

Les abeilles ne forment pas un groupe homogène. L’Europe compte de nombreuses espèces sauvages, dont les rythmes d’activité, les habitats et la sensibilité aux produits peuvent différer de ceux de l’abeille mellifère. Or, les évaluations réalisées avant la commercialisation des produits s’appuient principalement sur cette dernière.

Les auteurs recommandent ainsi de mieux intégrer cette diversité dans les conditions d’application des traitements. La réduction du risque passe par la combinaison de plusieurs leviers : observation des cultures, choix des périodes, respect des conditions d’emploi et recherche d’alternatives moins dangereuses.